On the road of Freedom

Quatre inconnus, un voyage, une quête.

Celle de la Liberté.


Lo et Ln
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¤, ¤ et ¤

# Posted on Tuesday, 13 January 2009 at 6:21 PM

Edited on Tuesday, 10 February 2009 at 5:17 AM

"L'Enfer était à Moi." Kieran

"L'Enfer était à Moi." Kieran
Je n'avais eu besoin que d'un coup d'oeil pour repérer ma nouvelle cible. Il venait de sortir du casino devant lequel j'attendais sagement. J'avais besoin d'argent pour y rentrer et à en juger par l'expression satisfaite qu'il arborait, il allait pouvoir m'aider.

J'avais appris à reconnaître ceux qui avaient gagné de ceux qui étaient aussi désespérés que moi. C'était facile. Ils ressortaient contents en gardant une main sur la poche, comme pour s'assurer que les billets étaient encore là. Il me suffisait juste d'attendre que mon homme soit rassuré pour agir. Ce serait simple, vu l'endroit où son argent reposait.

Touchant mes dents de mon index et mon pouce gauche, tête baissée, je m'avançai vers lui. Paraître soucieux était ma petite technique personnelle, car les gens n'en veulent jamais aux gens préoccupés.

Ce fut rapide. Le frappant de plein fouet avec mon torse, je glissai discrètement ma main vers sa poche pour attraper son porte-feuille. D'un geste professionnel, je le cachai dans ma manche avant de lever les mains au ciel.

« Désolé » Lançai-je, d'un air sincère.

Deux pêchés en trois seconde. Le vol et le mensonge. L'enfer était à moi.

Je souris à mon bienfaiteur. Grâce à lui, je pourrais assouvir ma passion, le jeu. Et peut-être même manger, si je ne perdais pas tout. Depuis combien de temps n'avais-je pas manger?

Mon bon samaritain secoua la tête d'un air contrarié, mais ne dit rien et continua sa route. Tout allait bien pour lui, rien ne saurait entacher sa bonne humeur ce soir. J'avais vraiment du faire une bonne affaire.

Je fis demi-tour et sortis le fruit de mon larcin de ma manche. David Copperfield n'aurait pas mieux fait. Ouvrant le porte-monnaie, je découvris les billets. Effectivement, mon sauveur était un chanceux au jeu. Il devrait surveiller sa femme, le bonhomme devait être cocu. Je laissai discrètement tomber le porte-feuille après avoir pris les deux cent dollars qui me revenaient.

L'homme reviendrait en courant voir si son bien n'était pas tombé durant le choc, trouverait l'objet et se désolerait de le voir vide. Mais après tout, à Vegas, un porte-monnaie par terre ne pouvait rester plein bien longtemps. Surtout devant un casino.

Quant à moi, j'entrai dans mon antre. Je ne devrais pas, je le savais, mais c'était plus fort que moi. J'avais besoin de ça, c'était encore plus important que bien des choses. J'avais la certitude qu'un jour, tout ce que je faisais servirait à quelque chose. J'étais persuadé que ce n'était qu'une question de temps avant que je devienne très riche. Il suffisait de persévérer, même si cela signifiait que je ne devais pas manger pendant
deux jours.

J'aurais tout le temps de me rattraper quand je serais millionnaire.

J'avançai d'un pas sûr, je n'étais plus Kieran le petit voleur quand je passais ces portes. J'étais un conquérant auquel le monde appartenait. Le voleur avait l'enfer, le flambeur avait le monde.

Tout sourire, je fis changer ce que j'avais gagné plus tôt en jetons. J'aurais pu être raisonnable et en garder une partie pour trouver un endroit où dormir. J'aurais pu. Mais la chance ne sourit qu'aux audacieux.

J'avançais directement vers les tables de jeux de cartes. Je n'aimais pas les machines à sous et la roulette. J'avais toujours rêvé de Black Jack et de Poker. C'était plus amusant, moins frustrant et l'ambiance était meilleure. J'aimais le contact avec les gens et les jeux de cartes. Mon jeu préféré était le Poker, et j'étais bon quand il s'agissait de bluffer. Le problème était quand il fallait assurer derrière avec de bonnes cartes. Je n'étais pas du genre très chanceux, jusqu'à présent. Mais ça allait changer, il suffisait d'y croire.

Les tables de Poker étaient pleines ce soir. J'allais devoir me contenter du Black Jack en attendant que l'une d'entre elle se libère. Je n'étais pas fort au Black Jack, ne sachant pas compter les cartes, j'étais à la merci de ma malchance. Mais je ne pouvais pas rester sans rien faire dans un casino, surtout pas avec 200$ et la faim qui commençait à me tenailler.

Un coup d'oeil à l'horloge : minuit cinq. La soirée commençait. Et moi, je perdais déjà. Et non, ce ne serait pas encore ce soir que je serais millionnaire. Je jouais tout de même, je ne devais pas m'arrêter. Le dernier jeton serait peut-être le bon. Et puis, je n'avais pas à me leurrer, ce n'était pas mon argent que je perdais.

Les sourcils froncés, je me concentrais sur le jeu. Perdue ma belle assurance. Je n'étais plus un conquérant, j'étais celui qui allait encore dormir dans la rue et qui devrait une nouvelle fois voler pour recommencer le lendemain. Désespéré, j'en aurais prié Dieu pour qu'il me laisse gagner au moins une fois, si j'avais été croyant.

Je restai là deux bonnes heures. J'étais parvenu, avec une chance salutaire, à ne pas tout perdre, en réussissant à tomber juste une ou deux fois et en ne jouant pas à tous les coups.

Il me restait cinquante dollars. Ma foi, je n'avais perdu que 150 $ en deux heures. Je décidai alors d'aller à une table de Poker, tant que j'avais encore de quoi payer. C'est ici que la soirée allait réellement commencer et que j'allais m'endetter à des gens qui ne me retrouveraient pas. Changeant souvent de casino, je me faisais indétectable. J'allais finir par me faire attraper, un jour, je le savais. Ou pas...

A quatre heures, il ne me restait que 15 $. J'avais eu un minimum de chance, au début, avant que mes adversaires ne comprennent à quels moments je bluffais. Cela avait mis un moment, je n'étais pas du genre dont on lisait les expressions facilement. A moins que ce soit justement le contraire et que les personnes en face de moi aient compris quel genre de joueur j'étais. Allez savoir. La pitié existait-elle à Vegas?

Il y eut alors un changement de croupières. La première fut remplacée par une beaucoup plus jeune qu'elle, peut-être de mon âge, peut-être moins. Ses cheveux étaient aussi bruns sous sa casquette et son sourire était aussi faux que l'autre. J'aurais pu espérer qu'un changement de croupières m'apporterait de la chance, mais de toutes évidences, rien n'allait changer.

« Monsieur? » Me demanda-t-elle.

Je l'observai, elle était saoule. Cela n'allait vraiment pas m'aider. Un voleur désespéré et une croupière bourrée. Parfait, pensai-je, amer. Finalement, il y avait du changement.

« Deux cartes » Répondis-je.

Elle eut à peine le temps de me les distribuer que quelqu'un arriva derrière elle et posa sa main sur son épaule en lui disant qu'il la remplacerait. Oh non! Pour une fois qu'une croupière sortait de l'ordinaire, elle allait m'abandonner et avoir des problèmes.

Et moi je perdis 10$. A contre coeur, je me levai de la table une heure plus tard, et sortit avec 5 $ en poche. Juste assez pour un petit déjeuner. Et venait désormais le temps des regrets. J'avais commencé la soirée avec 200$, il m'aurait suffit de les garder. Mais j'en étais incapable, prisonnier de ma dépendance. Et ce soir? Tout recommencerait. Mieux valait que je me trouve un endroit où dormir qui ne soit pas trop froid. Quand je disais que l'enfer était à moi, je ne parlais pas de la température.

# Posted on Wednesday, 14 January 2009 at 8:30 AM

Edited on Monday, 19 January 2009 at 3:59 PM

'J'avais tout ce dont je désirais ici. L'argent, les vêtements, et tout cela n'étaient rien.'Madeleine

'J'avais tout ce dont je désirais ici. L'argent, les vêtements, et tout cela n'étaient rien.'Madeleine
La moitié de mon dressing était à terre, et j'étais toujours en sous-vêtement. Je regardais mes armoires avec tristesse, je ne pouvais pas ne rien avoir à me mettre. Techniquement, cela paraissait impossible. Cette pièce était immense, et j'aurais pû vivre une année entière, sans rien m'acheter de nouveau et porter des choses différentes chaque jour. Même deux fois par jour, en réalité. J'enfilais un dos nu blanc, avec un joli décolleté, je surmontais le tout avec une veste noire, aux manches courte et un pantalon assortie. Il ne me fallut que dix minutes pour choisir mes bijoux et ma paire de chaussures.

Une bague à chaque mains, cinq bracelets à un poignet accompagnés de ma montre et un collier simple mais joli, cadeau d'anniversaire de la part de mon père. Je regardais l'heure, avec un sourire non-feint. Minuit moins le quart. Seth allait prendre son service, enfin. Il travaillait dans le casino depuis cinq ans et il était indubitablement le meilleur barman qu'on avait eu. Et un excellent amant. Heureusement qu'il était là, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans lui.

Mon seul véritable ami était un barman, qui adorait me faire boire ses nouveaux cocktails. Et ce soir ne dérogeait pas à la règle. Je le vis enfiler son tablier, m'adresser un clin d'oeil et commençait à mélanger toutes sortes d'ingrédients. Autour de moi, tout était calme, la journée ne faisait que débuter.

Aussi bien que je me souvienne, je n'ai jamais eu qu'une règle à suivre. Ne pas jouer. En d'autres circonstances, cette loi instaurée par mon père, ne m'aurait pas gênée, mais nous étions à Las Vegas. Et ne pas s'approcher des machines à sous et des tables de jeux revenaient très clairement à renier la ville où j'étais née. Bon sang, comment pouvait-on être à Vegas et n'avoir jamais joué au Black Jack ou au Poker. Je connaissais les règles, les astuces et j'étais interdite de jeux dans le Casino de mon père. Une horreur à mes yeux.

Seth me fit parvenir une téquila paf, en attendant de finir sa mixture. Il servit quelques clients, mais j'étais toujours celle qui avait le premier verre. Je le laissais à son travail, en admirant le casino. Un homme habillé comme Bob l'éponge passa devant moi, suivit par Superman, Batman et un autre déguisé en Catwoman, plutôt réussi. Je souriais, après tout, on trouvait de tout à Vegas. Une diplômée de lettre, interdite de jeux, s'ennuyant fermement. J'avais l'argent, et rien qui ne m'intéressait suffisament pour me le faire dépenser.

Pour le moment, il n'y avait aucun joueur fou, aucun enterrement de vie de garçon. Je reportais, comme souvent, mon attention sur Seth. Il était incroyablement beau et il se laissait draguer par une minette, depuis deux soirs, et elle n'avait toujours pas eu le courage de lui demander son numéro. Les gens ne savaient pas donc pas que tout ce qui se passe à Vegas, reste à Vegas. Agis ma grande, murmurais-je.

Mon cher serveur revint vers moi, en la délaissant. Il prit un livre caché sous le comptoir et me le tendit.

- Vraiment bien. Merci.
- Contente que tu aies aimé, répliquais-je sans le prendre. Alors, tu as rendez-vous avec elle?
- Toujours pas. Je vais finir par me lasser.

Un sourire. Pas de moi en tout cas, il ne pouvait pas se lasser de moi. Depuis trois ans maintenant, que l'on se voyait, plus ou moins fréquemment. Il avait des yeux bleus magnifique et des lèvres, que je ne quittais qu'avec un immense regret. Il me resservit un verre, que je ne su reconnaître.

- Qu'est-ce que c'est?
- Une Madeleine.
- Tu plaisantes, là? Tu peux pas donner mon prénom à un cocktail.
- Bien sur que si, souffla-t-il en allant voir un nouveau client.
- Petit con.

Il fit mine de ne pas entendre et m'indiqua du regard la table de Black Jack. Enfin. Il était plutôt mignon, avec son air désespéré. Il allait tout perdre. Ce genre de type ne savait pas s'arrêter, quand il se retrouvera à sec, il vendra tout. Sa voiture, sa montre, ses bijoux, tout ce qui était possible. Bienvenue à Las Vegas, cher ami. Plus il perdait, plus il jouait, incapable de s'arrêter. Dieu que j'avais envie de ressentir cette émotion. Toute l'adrénaline...

Prise d'une pulsion, qui ne me ressemblait pas, je regagnais ma chambre à toute vitesse. J'avais enfilé un jean taille basse, un corsage blanc, sous lequel je portais un dos nu noir. Mes cheveux étaient détachés et cachés sous une casquette. Mon sac à la main et je filais hors de mon monde. Si j'avais de la chance, les vigiles ne me reconnaitraient pas. Je n'avais pas pour habitude de quitter le Casino, seule.

Et la chance était avec moi. Je me retrouvais sur le trottoir bondé de monde, sans savoir par où j'allais commencer. J'adorais Vegas, l'ambiance enivrante, les lumières fascinantes, comment ne pas sombrer?

Je m'étais donc installée à une table de Poker, ravie de ma trouvaille. La croupière proposa de m'expliquer les règles, je refusais l'offre en faisant sourire les hommes à ma table. Ils devaient penser que je n'y connaissais rien, ce qui me laissait un certain avantage. Je pourrais profiter un peu de leur préjugé, et gagner. Je devrais aussi quitter la table, dès qu'ils auraient compris que je sais jouer.

J'avais la main chanceuse, et je mourrais de soif. Les cartes défilaient devant moi, aussi vite que les verres. Margharita, Piña Colada, Bloody Mary, tout y passaient. Une heure plus tard, je n'avais pas perdu mes gains, mais je n'avais pas non plus gagné. L'alcool m'avait fait oublier à quel moment, je devais délaisser la table. Ce n'est que la vibration de mon portable dans la poche, qui me ramena à la réalité. Je comptais mes jetons et m'en allais. Merde! 100 dollars de fichu en l'air.

- Quoi?
- Où es-tu? Gronda mon père.
- Euh... Le Monte-Cito?
- Madeleine...

Il ne lui fallut que cinq minutes pour envoyer Seth me chercher. Il ne se serait pas déplacer en personne chez un de ses concurrents. Le jeune homme m'attrapa par la hanche et me tira à lui. Il fit l'échange avec mes jetons, et mit le tout dans ma poche de jean. Malgré son refus, je prenais toutefois un verre pour la route. Malgré tout ce qui pouvait se produire à Las Vegas, jamais je n'aurais cru être interpellé par le vigile, parce que je partais avec un verre du Casino.

- Pardon?
- Faites pas d'histoire Mademoiselle.
- Je veux voir le patron, commandais-je.

Je vis Seth réprimer un fou-rire, et lui flanquait un coup de coude dans les côtes.

- Elle est saoûle, reprit-il.

Il prit un billet dans ma poche et le tendit au vigile. Il me poussa dehors sans plus de cérémonie. Au moins, j'avais mon verre. De retour dans notre cher casino, Seth m'installa à un siège, au comptoir pour garder un oeil sur moi. Je regardais l'horloge: Quatre heures.

L'homme n'avait presque plus de jeton, il dormirait probablement dans la rue. Il était toujours là, à jouer, mais cette-fois, il avait pris d'assaut la table de Poker. Gladys, une des croupières, me fit signe de la remplacer. Je ne me fis pas prier, tant que j'étais occupée, je n'aurais pas de sermon de la part de mon père. J'enfilais sa veste, et arborait le sourire : made in Las Vegas. A la fois charmeur et dédaigneux. Je distribuais les cartes, avec aisance. J'avais fait ça tellement souvent.

- Monsieur?
- Deux cartes.

Je les lui donnais, quand une main s'abattit sur mon épaule.

- Je te remplace.

Merde. Double merde. Direction le bureau de mon père, où il était assis, le regard noir. J'avais tout ce dont je désirais ici, il ne comprenait pas mon attitude. L'argent, les vêtements, et tout cela n'étaient rien. Rien du tout, au final. Je n'avais rien de ce que je voulais. Je n'étais pas libre de mes choix. En aucun cas.

Avant de rejoindre ma chambre, je fis un détour par le casino, il n'était plus là. Le joueur de Poker était parti, dommage, j'aurais voulu savoir combien il avait perdu. Je regardais une dernière fois, aucune trace de ses yeux noirs où brillaient une passion irrationnelle pour le jeu.

La vue de ma suite était magnifique, les lumières de Vegas brillaient de milles feux. Pour la première fois, elles m'ennuyaient, je fermais les stores. Une seule idée taraudait mon esprit, j'avais la chance de savoir ce que je ne voulais plus. Et pourtant, j'étais ignorante, concernant l'essentiel: je ne savais pas ce dont j'avais envie.

# Posted on Wednesday, 14 January 2009 at 11:29 AM

Edited on Friday, 23 January 2009 at 2:02 AM

C'était officiel, il devait bien s'agir des pires vacances de ma vie! Jocelyn & Gabriel 'D'ici demain matin, j'aurais effectué le meurtre parfait. Pas de corps, pas de mort. '

  C'était officiel, il devait bien s'agir des pires vacances de ma vie! Jocelyn & Gabriel  'D'ici demain matin, j'aurais effectué le meurtre parfait. Pas de corps, pas de mort. '
Jocelyn

Et un, deux trois, un, deux, trois, un, deux, trois... Nom d'un chien, j'étais à Las Vegas, et j'étais en train de faire une valse sans cavalier dans ma chambre d'hôtel. C'était officiel, il devait bien s'agir des pires vacances de ma vie!

Elles auraient pu si bien se passer si ma mère n'avait pas eu la bonne idée de m'assigner une babysitter. Non, mais sérieux! Qui part en vacances avec le Roi des barbant, hein? Personne n'en voulait, on me l'a refilé à moi, super...

Un, deux, trois, un, deux, trois, un, deux, trois... Et le pire, c'était que même mes amis avaient fini par se lasser. Ils ne me l'ont pas dit, mais j'ai bien compris quand ils n'ont pas insisté pour qu'on les accompagne à la prochaine étape du voyage. Bande de lâcheurs.

Je laissai tomber mes bras en proie à une envie de faire quelque chose de fou. Partir? Non, il serait capable de me faire rechercher par le FBI, la police et l'armée. Maman l'y aurait forcé, encouragé, contraint. Et puis il l'aurait fait sans sa demande.

J'étais à Las Vegas, je devais avoir tellement de choses à faire. En bas, il y a avait un casino. Mais ce genre de jeu ne m'amusait pas si j'y jouais seule. Je n'aimais pas jouer pour jouer, même si j'avais de la chance, amasser des gains étaient sans intérêt. Et puis de toutes façons, je n'avais pas 21 ans. Mais ça, encore, ce n'était pas un problème pour moi. Je contournai les interdits depuis assez longtemps.

Je soupirai, je n'avais aucune idée de ce que je pourrais bien faire. Maman m'avait vraiment gâcher mes vacances, pour le coup. Ce n'est pas humain de faire ça à sa fille. Je rêvais de disparaître, qu'on me laisse respirer, au moins une fois. Qu'on me laisse être moi, au moins une fois.

Je pris mon sac à main et descendis. Direction : le bar, comme d'habitude. Comme tous les soirs depuis qu'ils m'avaient lâchement abandonnée. Et dire que Vegas était mon idée... J'aurais du prévoir. J'aurais du. Je les connaissais pourtant, je savais qu'ils n'allaient pas me laisser.

M'installant au comptoir, j'attendis le serveur. Pour passer le temps, je m'amusais à l'asticoter depuis deux soirs. Il était mignon, pour sûr, mais sans plus. Aucun feeling ne passait. C'était juste drôle. Ce que je m'ennuyais!

- Salut, dis-je avec un sourire feint.

Je ne voulais pas que ma mauvaise humeur filtre sur mon visage. Que je fasse au moins semblant de m'amuser, quoi.

- Salut, qu'est ce que je te sers? Me demanda-t-il.

J'avais instauré la règle du tutoiement la veille. Puisque les gens s'obstinaient à me prendre pour une enfant, je ne voyais pas pourquoi je devrais me forcer à faire l'adulte. Cela ne servait à rien, personne ne m'écoutait, de toutes façons.

- Une vodka-ananas, s'il te plait, demandai-je.

Il me donna ma boisson et se dirigea vers une autre brune, assez jolie, sans plus de cérémonie. Je l'avais déjà vue au bar, cette fille, elle parlait tout le temps avec lui. Il s'agissait peut-être de sa copine. Peu importait, il était parti et moi, j'avais perdu ma seule distraction de la soirée.

Perdue dans mon ennui, je remarquai à peine que je les regardais encore. L'on allait me prendre pour une voyeuse, à force. Je ne m'en rendis compte que lorsque que je vis la jeune fille se tourner vers les tables de black jack et suivis son regard par pur réflexe. Elle y regardait un garçon. D'une beauté frappante, il détonnait par son look et par la gravité de son regard. Il ne jouait pas pour plaisanter, mais comme si une vie en dépendait. Les gens étaient hallucinants, parfois.

Obnubilée par le jeune homme, j'entendis à peine l'arrivée de mon frère qui, vraiment, n'avait pas mis longtemps avant de me trouver. Pas juste.

- Jocelyn... Commença-t-il.

Trop tard, grand frère, j'avais déjà décroché.

***

Gabriel

J'étais à deux doigts de commettre un meurtre, avec un peu de chance et de jugeote, le tout passerait pour un accident. Après tout, à Vegas, tout est possible. Etrangement, ma haine contre elle n'augmentait pas, malgré mes recherches qui ne menaient à rien... Non, c'était plutôt mon imagination qui allait crescendo. Les heures défilaient et mon idée se perfectionnait. D'ici demain matin, j'aurais effectué le meurtre parfait. Pas de corps, pas de mort.

L'alcool me donnait du courage, et puis, j'avais gagné un petit paquet à la roulette russe. A défaut de trouver ma cadette, je pouvais toujours jouer. J'étais assez fier de moi, il ne me restait plus qu'à... Oh, et si j'employais un tueur à gage. La main sur la poche de ma veste, l'idée commençait à faire son chemin dans ma tête, quand un type me percuta de plein fouet. Il avait l'air d'un innocent, enfin aussi innocent que pouvait être quelqu'un qui se trouvait à Las Vegas.

Il s'excusa et je ne relévais pas. Au moins, il était poli.

- Joe, réponds au téléphone. J'en ai marre de tomber sur ta messagerie. Rappelle moi. Sérieusement, rappelle moi, où je te plante ici.

Petite fille pourrie gatée, un brin intelligente et un côté rebelle, bien travaillé. Ma soeur était loin de ce que l'on pouvait appelé: un cadeau du ciel. Elle venait plutôt de l'enfer. Ou un truc similaire. Je pris donc la décision qui s'imposait: rentrer à mon hôtel, boire tout ce qu'il y avait dans le mini-bar et me barrait en lui laissant la note. J'avais hâte de voir sa tête.

Aucun jeu n'attira mon attention. Comme beaucoup de chose depuis plus d'un an. Etrangement, personne, même ma soeur, n'a compris ce que je pouvais ressentir. Elle ne s'est jamais assise avec moi, pour me demander si j'allais bien, si je tenais le coup. Parce que, même si je ne conduisais pas, j'étais là, à ses côtés. Ce qui m'agaçait, par-dessous tout, était la façon qu'elle avait de parler de cet accident. Et des répercussions.

Mon envie de meurtre à son propos décuplait littéralement. Elle était assise au bar, un verre d'alcool devant elle.

- Jocelyn, l'interpellais-je. Tu n'as pas vingt et un ans, tu n'as pas le droit de boire! Eh! Pas d'alcool pour elle!

Le serveur acquiesça. J'aurais pû lui dire qu'elle avait une bombe dans son sac, il aurait tout aussi bien réagis. Je compris rapidement pourquoi, en voyant la créature à qui il parlait. Elle était jolie comme un coeur, le contraire des filles, qu'on imagine à Vegas. Et elle était de ce milieu, j'en mettais ma main à couper.

- Où-est ton téléphone?
- Dans ma chambre.
- T'es vraiment une plaie. Une sale gamine, et j'en passe. Tu peux pas t'empêcher de me pourrir la vie?

Elle ne me répondait pas. J'essayais de me souvenir de la dernière fois, où on avait eu une réelle conversation. Sans succès. J'ignorais tout de sa vie, elle en faisait autant avec moi. Ce qui nous convenait, du moins, depuis quatre ans.

Je commandais un verre de vodka.

- Depuis quand tu bois? Réalisa-t-elle.
- Depuis quand tu me parles?

Jocelyn 1, Gabriel 1. Match nul.


***

Jocelyn


Il avait raison, bien sûr. Je n'avais aucune raison de lui parler. Il me gâchait les vacances, me gâchait la vie et m'accusait de faire pareil. Au fond, le mieux pour nous deux était de ne surtout pas se retrouver au même endroit.

Je ne voulais même plus de ma vodka. Qu'il la boive, je m'en fichais. Il n'avait qu'à la payer, même. Il y serait bien obligé, de toutes façons, car je partais déjà.

Pour aller où? Aucune idée, juste mettre le plus d'espace entre lui et moi. Nous nous détestions. Non pire, nous nous méprisions. Parfaits inconnus pour l'un comme pour l'autre, nous ne nous comprenions pas. Des années du même régime nous avait habitué à nous éviter. Mais maman avait voulu s'en mêler.

Je ne comprenais pas cette manie qu'elle avait de toujours vouloir rassembler ce qui n'était pas fait pour être ensemble. C'était son plus gros défaut. Cette famille partait en lambeaux depuis des années, mais elle s'obstinait à vouloir l'unifier. C'était pathétique. Il était temps qu'elle se fasse une raison. Le départ de papa avait tout détruit.

Les mains dans les poches, tête baissée, je sortis du casino. J'avais à peine fait quelques pas que je donnai un coup de pied dans un porte-monnaie qui me rappelait vaguement quelque chose. Je me baissai machinalement pour le ramasser. Son propriétaire en aurait sûrement besoin.

Je l'ouvris dans l'espoir d'y trouver une carte d'identité, de visite ou n'importe quoi et éclatai de rire. Personne ne fit attention à mon hilarité soudaine. On trouvait de tout à Vegas. Même des imbéciles qui se permettaient de faire la morale à leur petite soeur parce qu'elles avaient laissé leur portables dans leur chambre alors qu'eux même laissaient tomber leurs portefeuilles.

Je soupirai alors. Finalement, il ne pourrait pas payer ma vodka. Ni même la sienne. Surtout qu'il n'avait pas de liquide. Super...

Je fermai les yeux, pris une profonde inspiration et me forçai à revenir sur mes pas afin de lui rendre son bien. Je n'aurais qu'à partir une fois qu'il l'aurait récupéré et que j'aurais payé ma consommation. Et peut-être aussi la sienne, si son remerciement me convenait.

Arrivée au bar, je balançai le porte monnaie sur le comptoir devant lequel il se trouvait toujours.

- Il te manquait peut-être, dis-je d'un air barbé.


***

Gabriel

- Pardon?
- J'ai trouvé ça dans la rue. Juste devant.
- Vide? Comme par hasard.
- Qu'est-ce que tu veux dire là? S'emporta Jocelyn.
- Que t'es une telle chieuse, que tu es capable de filer mon fric à un inconnu juste pour me pourrir encore un peu la vie! T'as que ça à faire, sérieux?
- Gabriel...
- Non! Non, non. Ca suffit. Tu arrives à embrouiller Maman, avec ton côté rebelle mal dans ta peau. Mais bon sang, tu t'es déjà demandée comment vont les autres? Si notre mère va bien? Non, bien sur que non. Tu devrais regarder autre chose que ton petit nombril adoré. Rien ne compte pour toi, à part ta personne. T'as pas vu qu'elle voyait un psy. T'as pas vu que moi... Que... Tu vois rien, tant que toi, ça va. Et si, tu as le moindre problème, tu pourris la vie des autres. Franchement, si ça ne tenait qu'à moi, jamais je ne serais venu! Jamais! Passer la moindre minute avec toi, c'est une horreur. Maman m'a demandé ça comme une faveur, alors je le fais, mais si jusqu'à la fin de nos.... prétendus vacances, tu pouvais éviter de me parler. M'éviter tout court, je crois qu'on s'en porterait mieux. J'ai pas besoin d'une sale gamine en plus de tout ça.

J'avais encore tant à dire, mais j'en étais incapable. Je savais l'impact que mes mots auraient sur elle, du moins, j'avais envie de croire que pour une fois, elle m'avait entendu. Après tout, elle écoutait sans rien en retirer, pourquoi cette fois serait différente? Je n'avais pas envie de tenir un long discours à une personne qui s'en moquait éperdument.

J'avalais la vodka de ma soeur, cul-sec et quittais le casino. Loin d'elle. Très loin d'elle. Au moins, le temps de me calmer. Je n'avais pas un sous, seulement ma carte de crédit qui ne quittait pas mon jean. Je m'approchais d'un distributeur et retirait le maximum. Je n'en revenais pas, elle avait tout filer à quelqu'un, juste comme ça. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle? A part tout, je veux dire.

Un type assez louche se tenait à l'entrée d'une ruelle. Il tendit la main à un homme, en échangeant quelque chose. Un dealeur, sans aucun doute, et pas discret. Je m'avançais vers lui, j'avais besoin de me calmer. J'étais près à reprendre l'avion pour San Francisco, rentrer à la maison. Le type me regardait bizarre et je sortis des billets. Un joint, c'est tout ce dont j'avais besoin.

Je tirais plusieurs bouffés, tout en continuant ma route. J'y étais allé un peu fort avec Jocelyn. Après tout, j'ignorais aussi ce qu'elle ressentait depuis le départ de notre père. Elle devait moins le comprendre que moi. En réalité, tout cela m'était égal. Il n'était pas mon problème, pas le plus gros en tout cas, que je devais résoudre pour aller mieux.

Je cachais mon joint et prenais l'ascenseur pour rejoindre ma chambre. Je le finissais, tandis que les étages se précédaient. M'excuser mais lui dire que je pensais quand même tout ce que j'ai pû lui dire. Merde, la clé n'entrait pas dans la serrure... Je vérifiais le numéro, pas le bon. La drogue faisait effet. Ca ou l'alcool. Trouvant la bonne chambre, je m'y engouffrais.

Jocelyn était allongée sur son lit, encore habillée. Les oreillettes de son mp3 enfoncés dans ses oreilles, j'entendais aisément la musique des 3 Doors Down en émaner. Elle tenait, bien serrée contre elle, un coussin. Je remarquais qu'elle dormait dans la position foetus et que ses yeux étaient rougies par les larmes.

Gabriel 2. Jocelyn 1. Etrangement, je n'étais pas vainqueur. Etrangement, je me sentais encore plus mal que durant le début de la soirée. J'étais le grand frère le plus méprisable dans toute l'histoire du monde.

# Posted on Wednesday, 14 January 2009 at 12:41 PM

Edited on Sunday, 08 February 2009 at 11:07 AM